Ne copie pas les gestes des grands : fais le travail intérieur

Je me souviens du Rav Michael Reiss, alav hachalom. C’était le seul Hassid de Vijnitz qui vivait à Paris.

Un jour, alors que nous étions dans la cour de la Yechiva, Rav Besançon lui proposa un raisin.

Rav Reiss s’excusa poliment :
« Je regrette, je ne mange que lorsque je suis assis à table. »

Rav Reiss était tout simplement gêné de manger debout !

Il existe des personnes qui ont tellement travaillé leurs midot que leur derekh erets atteint un raffinement extraordinaire.

Ce n’est pas une manière de se donner de l’importance ou de se croire supérieur aux autres. C’est simplement qu’à un certain niveau de raffinement intérieur, certaines choses deviennent naturellement dérangeantes. La personne n’a même plus besoin de se forcer : elle ne peut tout simplement pas faire autrement.

Lorsqu’on est baal techouva, on a souvent tendance à vouloir imiter les grands. On observe leurs habitudes, leurs gestes, leur manière de se comporter, et on voudrait faire exactement comme eux.

Mais il y a quelque chose d’important à comprendre : certaines attitudes ne sont pas des règles à appliquer.

Rabenou avait, par exemple, l’habitude de cirer non seulement ses chaussures, mais également leurs semelles !

Rabbi Nathan disait qu’il n’était pas encore arrivé à ce niveau.

Pourtant, qu’est-ce que cela coûte de cirer une semelle ? Ce n’est pas le geste en lui-même qui est extraordinaire. C’est ce qui se passe à l’intérieur de la personne pour que ce geste devienne nécessaire à ses yeux.

Et c’est justement là qu’il ne faut pas se tromper lorsqu’on regarde les grands.

On peut être tenté de reproduire leurs comportements, sans avoir encore atteint le niveau intérieur qui les accompagne.

Or, le but n’est pas de copier les gestes, mais de faire le travail qui nous permettra d’atteindre, nous aussi, cette finesse de conscience.

Il ne faut pas brûler les étapes. Un comportement qui est naturel chez un grand peut devenir artificiel chez quelqu’un qui cherche simplement à l’imiter.

Extrait du cours du 23 hechvan