LES 13 CONTES - L\INFIRME
     
    Avant de mourir, un sage convoqua ses enfants et sa famille. Sa dernière volonté était qu'ils arrosent des arbres : Vous pouvez aussi vous occuper d'autres choses, mais veillez à toujours arroser des arbres. Il mourut, laissant des enfants, dont un fils qui ne pouvait pas marcher. Il pouvait se tenir debout mais ne pouvait pas marcher. Ses frères lui donnaient ce qui lui était nécessaire pour vivre. Ils lui donnaient tant, qu'il lui restait toujours quelque chose et, à force d'économiser petit à petit sur ces dons, il se retrouva avec une somme rondelette.

    Il prit la résolution suivante : Pourquoi être entretenu par eux ? Mieux vaut entreprendre de faire du commerce. Bien qu'il fut infirme, il louerait un chariot, engagerait un homme de confiance et un cocher avec qui il se rendrait à Leipzig où il pourrait faire du commerce, malgré son infirmité.

    Les siens furent très contents de sa décision et dirent : Pourquoi lui donnerions-nous un pécule ? Mieux vaut qu'il gagne lui-même sa vie. Ils lui prêtèrent de l'argent pour son entreprise. Il loua donc un chariot, engagea un homme de confiance et un cocher, puis se mit en route.

    Il arriva à une auberge et son homme de confiance lui dit : Passons la nuit ici ! Il refusa de lui être agréable et, après maintes discussions, ils repartirent et s'égarèrent dans une forêt. Surgirent des brigands devenus ce qu'ils étaient par la force des choses : pendant une famine, un homme entra dans la ville, proclamant que quiconque voulait manger vienne le voir. Nombreux furent ceux qui accoururent. Il renvoya ceux qui ne lui seraient d'aucune aide. Puis, il disait à l'un : Tu peux être artisan. A l'autre, il disait : Tu peux travailler dans un moulin. Il choisit les jeunes gens les plus malins, les emmena dans la forêt et les persuada de devenir brigands, car ici passent les routes de Leipzig et de Breslau (Wroclaw), et d'autres encore. Les marchands empruntent ces routes ;nous les dépouillerons, et nous aurons ainsi de l'argent. (C'est ainsi que le brigand qui avait fait la proclamation en ville, les persuada.)

    Les brigands attaquèrent donc celui qui ne pouvait pas marcher, ainsi que ses employés, l'homme de confiance et le cocher. Ces derniers pouvaient s'enfuir et s'échappèrent. L'infirme resta seul dans le chariot. Les brigands se dirigèrent vers lui, s'emparèrent du coffre qui contenait son argent, et demandèrent à l'infirme : Pourquoi restes-tu assis ? Il répondit qu'il ne pouvait pas marcher. Ils lui dérobèrent son coffre et ses chevaux. Il resta dans le chariot.

    L'homme de confiance et le cocher qui s'étaient enfuis se dirent que, étant donné que des nobles leur avaient remis des lettres de change, ils risquaient fort de se retrouver en prison s'ils rentraient chez eux. Mieux valait rester là où ils étaient, et louer leurs services à quelqu'un d'autre.

    L'infirme était resté dans le chariot où il disposait des provisions qu'il avait emportées. Il les mangea et lorsqu'elles furent épuisées, il ne lui resta plus rien pour se nourrir. Que faire ? Il se jeta hors du chariot pour pouvoir manger de l'herbe. Il passa la nuit seul dans le pré et eut si peur, que ses forces le quittèrent au point de ne plus pouvoir se tenir debout. Il ne pouvait que ramper. Il mangea toute l'herbe qui poussait autour de lui. Tant qu'il pouvait atteindre l'herbe et manger, il mangeait. Lorsque l'herbe eut disparu alentour et que sa main ne rencontra plus rien, il rampa plus loin et mangea à nouveau. Il se nourrit ainsi d'herbe pendant un certain temps.

    Une fois, il remarqua une plante dont il n'avait jamais vu la pareille. Il avait mangé des herbes tout le temps et les connaissait toutes, mais cette plante lui plut beaucoup car il n'en avait jamais vu d'identique. Il décida de l'arracher, elle et ses racines. Ce faisant, il trouva un diamant sous les racines. Celui-ci était cubique et chacune de ses facettes possédait une vertu particulière. Sur l'une des facettes, il était écrit que celui qui tiendrait cette facette serait transporté à l'endroit où le jour et la nuit se rejoignent, c'est-à-dire au point de rencontre du soleil et de la lune. En arrachant la plante et ses racines, l'infirme avait saisi la facette dont la vertu était de pouvoir le transporter là où le jour et la nuit se rejoignent. Il y fut transporté, comme il put s'en rendre compte en regardant autour de lui. Il entendit le soleil et la lune bavarder.

    Le soleil se plaignait auprès de la lune de ce qu'il existât un arbre doté de nombreuses branches, de beaucoup de feuilles et de beaucoup de fruits. Chaque fruit, chaque feuille, chaque branche possédait une vertu particulière. Telle feuille était un remède pour enfanter, telle autre pour avoir de quoi vivre, telle autre encore était un remède contre certaine maladie, et telle autre guérissait d'une autre maladie. La moindre partie de l'arbre avait une vertu particulière. Celui-ci devait être arrosé. Il serait d'un grand secours s'il était arrosé. Et moi, non seulement je ne l'arrose pas, mais je darde mes rayons sur lui et je le dessèche !
    La lune répondit au soleil : Tes soucis ne sont rien du tout. Je vais te faire part des miens. Je possède mille montagnes. Autour de ces mille montagnes, il y a encore mille autres montagnes. Et là se trouvent les démons qui ont des pattes de poulet. Comme ils n'ont aucune force dans leurs pattes, ils puisent la force qui se trouve dans mes pieds. Et à cause de cela, je n'ai plus de force dans les pieds. J'ai une poudre remède pour mes pieds. Le vent surgit et l'emporte.
    Le soleil dit : Ce sont là tes soucis ? Je vais te donner un remède. Il existe une route d'où partent de nombreuses autres routes. L'une d'elles est la route des Tsadikim (Justes). Le Tsadik (Juste) qui l'emprunte voit la poussière de cette route répandue sous ses pas. A chaque pas qu'il fait, il foule cette poussière. Il y a aussi une route des hérétiques. L'hérétique qui avance sur cette route, voit la poussière qui est répandue sous ses pas, etc. Il y a la route des fous ; le fou qui l'emprunte voit la poussière qui est répandue sous ses pas, et ainsi de suite. Il y a de cette manière de nombreuses routes. Par exemple, celle où des Tsadikim prennent sur eux de nombreuses souffrances et sont conduits enchaînés par des seigneurs. Ces Tsadikim n'ont pas de forces dans les pieds. On répand la poussière de cette route sous leurs pas et leurs pieds reprennent des forces. Va donc là-bas. Il y a beaucoup de poussière et tes pieds en seront guéris.

    L'infirme avait entendu toute la conversation entre le soleil et la lune. Il examina une autre facette du diamant et y lut que quiconque se saisirait de cette facette serait transporté sur la route d'où partaient de nombreuses autres routes, celle-là même dont le soleil avait dévoilé l'existence à la lune. Il saisit la facette et se retrouva sur cette route.
    Il posa les pieds sur cette route dont la poussière était un remède pour les pieds, et fut aussitôt guéri. Il marcha et ramassa de la poussière de toutes les routes. Il enferma un peu de chacune d'elles séparément dans des sachets. Il mit de la poussière de la route des Tsadikim dans un sachet et fit de même avec toutes les autres poussières. Puis il décida de retourner dans la forêt où il avait été dépouillé, en emportant les sachets. Une fois arrivé, il choisit un arbre proche du chemin emprunté par les brigands pour commettre leurs méfaits.

    Il saisit de la poussière pour Tsadikim, la mélangea à de la poussière pour fous, puis répandit le mélange sur le chemin. Ensuite, il grimpa dans l'arbre et s'y installa pour voir ce qui allait se passer. Il vit arriver les voleurs envoyés par le vieux brigand dont nous avons parlé plus haut. Aussitôt sur le chemin, ils marchèrent sur la poudre qui y était répandue et ils devinrent des Tsadikim. Ils se mirent à pleurer à cause des jours et des années passés à dépouiller et à assassiner tant d'êtres humains. Cependant, comme la poussière pour Tsadikim était mélangée à de la poussière pour fous, ils devinrent des Tsadikim fous. Ils commencèrent à se quereller. L'un disait à l'autre : C'est toi qui nous a poussés à tuer ! L'autre répondait : C'est toi ! Ils continuèrent à se disputer ainsi et finirent par s'entre-tuer. Puis, le vieux envoya d'autres brigands et il se produisit la même chose qu'avec les premiers. Le manège se répéta jusqu'à ce que tous les brigands se soient entre-tués.
    L'infirme, installé dans l'arbre, comprit qu'il ne restait plus qu'un seul brigand avec le vieux qui les avait persuadés de le suivre. Il descendit de son arbre, ramassa la poussière du chemin et la remplaça uniquement par de la poussière pour Tsadikim. Puis, il regrimpa dans l'arbre.

    Le vieux s'étonna beaucoup qu'aucun des hommes qu'il avait envoyés ne soit revenu. Il décida d'aller voir ce qui se passait accompagné du seul homme qui lui restait. Dès qu'il eut posé le pied sur le chemin recouvert de poussière pour Tsadikim, il devint un Tsadik et se mit à pleurer sur l'épaule de son compagnon à cause des années et des jours passés à tuer et à dépouiller tant d'êtres humains. Il creusa des tombes, fit téchouvah et fut pris de remords. Voyant qu'il faisait téchouvah, l'infirme descendit de son arbre. Apercevant un homme, le brigand se lamenta à grand bruit :
    - Malheur à moi ! J'ai commis tel et tel crime. Par pitié, dis-moi quelle pénitence je dois faire !
    - Rends-moi le coffre que toi et tes hommes m'avez volé.
    En effet, les brigands tenaient un registre de chaque vol commis, sa date et le nom de la victime.
    - Je vais te le rendre immédiatement. Je te fais même cadeau de tous les trésors que nous avons volés. Dis-moi seulement quelle pénitence je dois faire.
    - Voici quelle sera ta pénitence : tu devras aller en ville crier et avouer : C'est moi qui ai fait la proclamation et j'ai commis de nombreux crimes. J'ai tué et j'ai dépouillé beaucoup d'hommes. Voilà ta pénitence.
    Le brigand donna tous les trésors à l'infirme et se rendit en ville avec lui. Il fit tout ce que l'autre lui avait ordonné. En ville, il fut jugé. Comme il avait tué un grand nombre de personnes, il fut condamné à la pendaison à titre d'exemple afin que d'autres en tirent une leçon. Quant à l'infirme, il décida d'aller jusqu'aux deux mille montagnes voir ce qui s'y passait.

    Il s'arrêta à quelque distance des deux mille montagnes. Il aperçut des myriades et des myriades de familles de démons. En effet, les démons croissent et se multiplient, ont des enfants tout comme les hommes, et sont très nombreux. Il aperçut leur souverain assis sur un trône. Aucun homme né d'une femme (Shabbat 88b) ne s'était jamais assis sur un tel trône. L'infirme vit les démons qui se moquaient. L'un d'eux racontait comment il avait mutilé un enfant ; un autre comment il avait coupé une main ; un troisième comment il avait coupé un pied, et autres sortes de farces.

    L'infirme aperçut ensuite un père et une mère en larmes. On leur demanda : Pourquoi pleurez-vous ? Ils répondirent qu'ils avaient un fils qui avait l'habitude de partir quelque part et de revenir au bout d'un certain temps. Mais aujourd'hui, après un grand laps de temps, il n'était toujours pas rentré. Le père et la mère furent amenés devant le roi qui ordonna d'envoyer des émissaires dans le monde entier à la recherche du fils.

    En revenant de chez le roi, les parents du démon rencontrèrent quelqu'un qui était parti avec leur fils, et qui leur demanda : Pourquoi pleurez-vous ? Ils lui racontèrent l'histoire. Il leur répondit : Je vais vous raconter une histoire :
    Nous avions une île sur la mer, qui était notre endroit. Le roi à qui l'île appartenait arriva et voulut y construire des palais. Il avait déjà posé les fondations et votre fils me proposa d'aller lui causer du tort. Nous partîmes donc pour dépouiller le roi de sa force. Il fit alors venir des docteurs, mais ceux-ci ne réussirent pas à l'aider. Il consulta des sorciers. L'un d'eux connaissait la famille de votre fils, mais pas la mienne ; par conséquent il ne pouvait pas me faire de mal. Cependant, il connaissait la famille de mon compagnon, il s'empara de lui et le tortura.

    Le démon qui avait raconté tout cela répéta son histoire devant le roi des démons. Ce dernier déclara :
    - Rendons au roi de l'île sa force.
    Le démon dit alors :
    - L'un d'entre nous n'avait pas de force et nous lui avons donné celle du roi de l'île.
    - Reprenons-lui cette force et rendons-la au roi de l'île, ajouta le roi des démons.
    On dit alors au roi des démons que le démon à qui on avait donné la force du roi de l'île était devenu un nuage. Le roi des démons donna l'ordre de convoquer ce nuage et de l'amener. On envoya un messager à la recherche du nuage.
    Alors, l'infirme qui avait assisté à toute la scène, se dit : En route ! Allons voir comment ces gens deviennent des nuages. Il suivit le messager et arriva dans la ville où vivait le nuage. Il demanda aux habitants :
    - Pourquoi y a t il un nuage au-dessus de la ville ?
    - En fait, il n'y a jamais eu de nuage au-dessus de la ville. Ce n'est que depuis quelque temps qu'un tel nuage recouvre la ville, répondirent les habitants.
    Le messager arriva, appela le nuage et ils repartirent ensemble. L'infirme décida de les suivre pour entendre leur conversation. Il entendit le messager demander :
    - Comment se fait-il que tu sois devenu un nuage ?
    L'autre lui répondit :
    - Je vais te raconter une histoire :

    Il était une fois, dans un pays, un sage. L'empereur du pays vivait dans une grande hérésie et y entraîna tout le pays. Le sage convoqua tous les gens de sa famille et leur dit : Vous voyez que l'empereur est un grand hérétique et qu'il a rendu tout le pays à son image, ainsi qu'une partie de notre famille. Par conséquent, partons dans le désert afin de conserver notre foi en Dieu Béni-Soit-Il. Tout le monde fut d'accord. Le sage prononça un nom divin qui les transporta dans un désert. Celui-ci ne plut pas au sage, alors, il prononça un autre nom divin. Ils furent transportés dans un second désert qui lui non ne convint pas au sage. Il prononça un troisième nom qui les transporta dans un autre désert lequel fut au goût du sage ; il se trouvait à proximité des deux mille montagnes. Le sage entreprit de tracer un cercle autour de lui et de sa famille, afin que nul ne pût s'approcher d'eux.
    Il existe un arbre. Si cet arbre était arrosé, il ne resterait plus rien de nous autres, démons. C'est pourquoi certains d'entre nous creusent continuellement, jour et nuit près de l'arbre, afin que l'eau ne parvienne pas jusqu'à lui.
    Le messager demanda au nuage :
    - Pourquoi faut-il être présent là-bas jour et nuit, et creuser ? Il serait suffisant de creuser une seule fois pour empêcher l'eau d'arriver !
    - Parmi nous, il y a des Bavards, répondit le nuage. Ces Bavards vont provoquer la guerre entre un roi et un autre. Les guerres éclatent et ont pour résultat de faire trembler la terre. La terre qui est autour des tranchées s'effondre, et l'eau peut arriver jusqu'à l'arbre. C'est pourquoi il faut être présent là-bas et creuser en permanence.
    Lorsque nous nous choisissons un roi, nous faisons les bouffons et nous nous réjouissons. L'un d'entre nous raconte d'un ton moqueur comment il a brutalisé un enfant et comment la mère se lamente. Un autre nous fait part de quelque farce. Il y a ainsi toutes sortes de plaisanteries. Lorsque notre roi est réjoui, il va se promener avec les princes du royaume et tente de déraciner l'arbre. En effet, si cet arbre n'existait plus, ce serait tout à notre avantage. Le roi fortifie son coeur afin de pouvoir le déraciner. Mais lorsqu'il arrive près de lui, l'arbre pousse un grand cri. Alors, l'effroi s'empare du roi et l'oblige à rebrousser chemin.
    Un jour, nous eûmes un nouveau roi devant lequel nous nous conduisîmes comme des bouffons. Il en fut fort réjoui et son coeur en fut tout revigoré. Il voulut déraciner l'arbre et partit se promener avec les princes. Le coeur rempli de force, il courut afin de déraciner l'arbre. Lorsqu'il arriva à ses côtés, l'arbre fit entendre un grand cri. Le roi prit peur, recula, et entra dans une grande colère. Il regarda autour de lui et aperçut des gens installés là. (C'était le sage et sa famille.) Il envoya ses gens s'occuper d'eux. (C'est-à-dire les tuer, comme c'est l'habitude des démons). En les voyant, la famille du sage eut très peur. Alors que les démons approchaient, l'ancien (le sage) dit à sa famille : Ne craint rien ! Cependant, le cercle qui entourait le sage et sa famille empêcha les démons d'avancer. Le roi des démons envoya d'autres hommes, mais ces derniers non plus ne purent s'approcher. Le roi en conçut une grande colère et s'avança en personne ; en vain. Alors, il demanda au sage de le laisser entrer. Le vieillard lui répondit : Puisque tu me supplies, je vais te laisser entrer. Mais comme il n'est pas convenable qu'un roi aille seul, je te laisserai entrer accompagné de quelqu'un d'autre. Il créa une ouverture dans le cercle ; ils entrèrent, et le sage referma le cercle.

    Le roi demanda au vieillard :
    - Comment se fait-il que vous soyez installés sur mon territoire ?
    - Pourquoi est-ce ton territoire ? C'est le mien !, répondit le sage.
    - Tu n'as pas peur de moi ? demanda le roi.
    - Non.
    - Tu n'as pas peur ?

    Puis le roi se mit à grandir démesurément jusqu'au ciel et voulut avaler le vieillard.
    - Je n'ai toujours pas peur de toi. Mais si je le désire, alors toi tu auras peur de moi.
    Et il partit réciter quelques prières.
    De gros nuages se formèrent et le tonnerre retentit. La foudre tua tous les princes qui accompagnaient le roi. Le roi resta seul avec son compagnon qui étaient entré avec lui dans le cercle. Le roi supplia le vieillard de faire cesser le tonnerre ; le tonnerre cessa. Le roi dit alors au vieillard :

    - Puisque tu appartiens à cette sorte d'hommes, je vais t'offrir un livre où sont répertoriées toutes les familles de démons. Il y a des Maîtres des Noms qui ne connaissent qu'une famille, et encore, ils ne savent pas tout sur elle. Mais dans le livre que je vais te donner sont répertoriées toutes les familles. Et ceci pour le bénéfice du roi. Même ceux qui naissent sont répertoriés pour lui.
    Le roi envoya son compagnon chercher le livre. (Il se trouve que le sage avait eu raison de faire entrer le roi avec quelqu'un d'autre, car sinon, qui le roi aurait-il envoyé ?) L'autre rapporta le livre. Il l'ouvrit et vit qu'il renfermait la liste de myriades de leurs familles. Le roi assura au vieillard que les démons ne tueraient jamais un des siens. Puis il ordonna de faire apporter les portraits de tous les membres de la famille du vieillard. Et s'il y avait une naissance, on devait aussitôt apporter le portrait du nouveau-né, afin que personne appartenant à la famille du vieillard ne fût tué.
    Plus tard, lorsque arriva la fin de ses jours en ce monde, le vieillard convoqua ses enfants et leur transmit ses dernières volontés en ces termes : Je vous confie le livre. Vous savez que j'ai le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Cependant, je ne l'ai jamais utilisé, car j'ai confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Vous non plus, ne l'utilisez pas. Même si l'un d'entre vous peut l'utiliser avec sainteté, qu'il n'en fasse rien. Qu'il ait seulement confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Puis il mourut.

    Le livre se transmit par héritage et arriva dans les mains du petit-fils du sage. Ce dernier avait le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Mais il plaça sa confiance en Dieu Béni-Soit-Il et n'utilisa pas le livre, conformément à la volonté du sage.
    Les Bavards, qui existaient parmi les démons, essayèrent d'influencer le petit-fils du vieillard : Etant donné que tes filles sont déjà grandes, et que tu n'as pas les moyens de les nourrir ni de les marier, utilise le livre . Il ignora que les démons essayaient de l'influencer. Il pensait que c'était son coeur qui lui parlait ainsi. Il se rendit sur la tombe de son grand-père et dit : Ta dernière volonté fut que l'on ne fît aucun usage du livre et que l'on eût seulement confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Aujourd'hui, mon coeur me pousse à l'utiliser. Son grand-père (qui était mort) lui répondit : Bien que tu puisses te servir du livre avec sainteté. mieux vaut avoir confiance en Dieu Béni-Soit-Il et ne pas se servir de l'ouvrage. Dieu Béni-Soit-Il t'aidera. Il obéit.
    Un jour, le roi du pays où vivait le petit-fils du vieillard tomba malade. Il consulta des docteurs qui ne surent le guérir. A cause de la grande chaleur qui régnait dans le pays, les remèdes n'avaient aucun effet. Le roi décréta que les Juifs prient pour lui. Notre roi déclara : Puisque le petit-fils a le pouvoir de se servir du livre avec sainteté et qu'il n'en fait rien, accordons lui quelque faveur. Le roi m'ordonna de devenir un nuage dans le pays du roi malade, afin qu'il guérisse grâce aux médicaments qu'il avait déjà pris et à ceux qu'il prendrait encore. Quant au petit-fils du sage, il ne sut rien de tout cela. Et c'est ainsi que je suis devenu un nuage.
    Tout cela fut raconté au messager par le nuage. L'infirme, qui les avait suivis, avait tout entendu.
    Le nuage fut amené devant le roi qui ordonna de lui reprendre sa force et de la rendre au roi de l'île qui en avait été dépouillé pour avoir construit sur le territoire des démons. On lui rendit donc sa force. Et le fils, dont le père et la mère pleuraient sur le sort, revint. Il était tout affaibli, sans forces, car il avait été torturé. Il était très en colère à cause du sorcier qui l'avait tant fait souffrir. Il demanda à ses enfants et à sa famille de se tenir constamment à l'affût du sorcier.

    Les Bavards partirent avertir le sorcier qu'on le recherchait et qu'il devait se protéger. Le sorcier inventa des stratagèmes et fit appel à d'autres sorciers connaissant de nombreuses familles de démons, afin d'être protégé. Le fils, ainsi que sa famille, furent très en colère contre les Bavards qui avaient dévoilé le secret au sorcier.

    Un jour, des membres de la famille du fils et des Bavards prirent ensemble leur tour de garde auprès du roi. La famille du fils calomnia les Bavards. Le roi fit tuer ces derniers. Ceux qui restaient furent très en colère et provoquèrent une guerre entre tous les rois. La famine, la maladie. la désolation et les épidémies s'abattirent sur les démons. De grandes guerres éclatèrent entre tous les souverains. La terre trembla, s'effondra et l'arbre fut entièrement arrosé. Il ne resta plus rien des démons, comme s'ils n'avaient jamais existé. Amen.

    Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs (....) Il sera comme un arbre planté auprès des cours d'eaux (...) (Téhilim Psaumes n°1).

    Toute cette histoire fait allusion à ce Psaume. Celui qui a des yeux verra et celui qui a un coeur comprendra ce qui se passe dans le monde.



 



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